L’utile et l’agréable ?
En ces temps fortement politisés, je vous invite à faire un pas de côté pour s’écarter un instant du flux de l’actualité. Pour partager, je l’espère, une ou deux questions qui ont leur place dans un éditorial consacré à la nouvelle saison.
Pour cela prenons également de la distance dans le temps.
On fête cette année, le 28 juin, le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau.
Mais aussi les 250 ans du Contrat Social, paru en avril 1762, interdit en mai...
Cela peut être l’occasion de se demander si ce qui nous occupe, et nous réunit - c’est à dire animer à notre place une part de la vie culturelle d’un territoire - fait encore et toujours partie d’un enjeu, d’un projet politique (au sens le plus noble) au même titre, que l’Education, la Recherche, la Formation, toutes les autres expressions artistiques... Toutes activités qui dans leur complémentarité contribuent à élever l’esprit et à rendre l’homme plus autonome et armé dans la construction de sa vie.
Et devraient nourrir, entre autres, la substance d’un contrat social d’aujourd’hui, à partir d’une vision de ce à quoi l’homme peut aspirer.
Et si cette vision est partagée par l’état et les collectivités territoriales et locales qui interviennent tous dans le soutien de la vie culturelle française.
Sinon, nous restera notre conviction, face à un mouvement de dérive qui ira toujours plus vers une société du divertissement immédiat. Et la confrontation à chaque coin de rue à l’épouvantail de l’élitisme, bouc émissaire d’un tissu social en lambeaux qui, par défaut, par facilité ou par intérêt, ne fabrique plus que du consommable-jetable, packagé et ciblé. Et prétend donc donner à chacun, en fonction de sa supposée demande immédiate. Tout cela parce que la vie, la finalité de nos théâtres est directement tributaire d’une “utopie” sociale, culturelle, politique, qui nous dépasse.
En attendant, faisons comme si et avançons, le pied léger malgré tout. Sans arrogance, en évitant la tentation du repli sur l’entre-soi, mais aussi sans en rabattre sur l’envie de vous faire partager des rencontres fortes. Là où l’art n’a pas encore cédé devant un ogre-“culture” décérébré.
Cette saison, nos compagnons de route – ceux dont nous accompagnons leur travail de création, qui répètent ou créent à Belfort – seront Catherine Hugot et la Compagnie Ka, avec ses
Scènes de la vie ordinaire pas du tout ordinaires, Thierry Collet, avec
Qui-Vive qui continue à tracer son sillon, sur scène, dans le domaine de la magie mentale, Andréa Novicov qui revient après
Sous la glace de Falk Richter la saison passée, avec un projet un peu fou – sorte de vraie fausse conférence inspirée du livre du biologiste Jared Diamond
De l’inégalité parmi les sociétés qui explique savamment pourquoi ce sont les sociétés blanches, occidentales qui ont dominé le monde depuis des siècles, Julie Bérès avec
Lendemain de fête, voyage dans la mémoire d’un homme qui arrive au terme de sa vie, Moïse Touré et Odile Sankara font une “traversée” dans l’œuvre de Marguerite Duras, prélude à une rencontre des continents entre Afrique, Europe et Asie.
Des nouveautés en forme de “temps fort” : en janvier “Et bien, dansez, maintenant” vous invite à danser, entre autres, mais aussi à suivre le chemin de chorégraphes dans tous leurs états.
En avril, et en collaboration avec MA, la scène nationale du Pays de Montbéliard, une quinzaine où l’Aire urbaine partira à la rencontre de l’Europe des créateurs. Une première, comme une ébauche à développer par la suite.
Puisse cette saison vous être agréable ; et nos théâtres utiles à un projet bien plus vaste et généreux...
Thierry Vautherot, directeur du Granit