Encore une fois, un fil rouge se dessine de cette programmation et il mérite d’être souligné. Laurent Gutmann, artiste associé au Granit, après Le Prince d’après Machiavel, après sa création de Zohar et la carte mémoire, nous propose de créer Victor F. d’après le Frankenstein de Mary Shelley. Catherine Hugot monte un diptyque de deux nouvelles “gothiques” de Lovecraft après Scènes de la vie ordinaire. Ajoutez la venue de Lucrèce Borgia de Victor Hugo mis en scène par David Bobée avec Béatrice Dalle dans le rôle titre et vous assistez à l’apparition de la figure du monstre. Agglomérez ces deux monstres de théâtre que sont Argan dans Le Malade imaginaire et Harpagon dans L’Avare, deux monomaniaques dont la passion – pulsion – néfaste les mettent à l’écart du genre humain, sans la tempérance nécessaire pour calmer cet appétit, cette faim sans bornes qui caractérise le monstre. La faim du monstre toujours possible en l’homme comme le dit Victor Hugo au sujet de Macbeth. Et qui peut expliquer pourquoi la figure du monstre est si présente au théâtre.
Parler du monstre, ou plutôt le faire parler, c’est parler de cet extrême qui est en chacun de nous. Mais au côté de la figure du monstre, il y a beaucoup à découvrir dans cette nouvelle saison. Côté danse, nous saluons l’arrivée de Héla Fattoumi et Éric Lamoureux à la direction du centre chorégraphique national. Ils seront présents cette saison avec leur nouvelle création Waves, à la Maison du Peuple, puis, dans le cadre de Frimats, notre temps danse partagé de l’hiver, sur le plateau du Granit.
Côté cirque, dans la cuisine des 7 Doigts de la Main, Cuisine et Confessions ; avec Feria Musica Daral Shaga, cette expérience unique d’opéra circassien sur un livret de Laurent Gaudé. Côté musique, avec entre autres, l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven en partenariat avec le Festival International de Musique de Besançon. Avec l’explosif hommage à Ray Charles d’Éric Legnini qui réunit Sandra N’Kaké et Kellylee Evans au chant. Avec la rencontre féconde de Roberto Fonseca et Fatoumata Diawara dans le registre de la musique afro-cubaine. L’horizon n’a jamais été aussi peu lisible pour les théâtres comme le Granit, mais nous poursuivons la route, avec vous, et j’espère que nous pourrons encore longtemps vous proposer des “saisons monstres” comme celle-ci.
Thierry Vautherot, directeur