Depuis vingt ans, Henri Taquet avait choisi de donner la parole à des artistes pour cet éditorial. Permettez-moi de déroger à cette pratique à l’occasion de la présentation de cette nouvelle saison 2011/2012.
En premier lieu pour rendre hommage à Henri et au travail qu’il a mené avec son équipe pour “construire” cette Scène Nationale et en faire un lieu de référence pour le théâtre. Dans tout le réseau de ce qu’on appelle le Théâtre public en France, le Granit est un lieu repéré, de par la qualité du travail qui s’y est mené, pour l’accompagnement des artistes, depuis la première association, avec Jean-Luc Lagarce, jusqu’à nos jours.
A partir de ce constat, il reste à poursuivre l’œuvre engagée !
Sans renouer à l'identique avec le principe d’artiste associé dès cette première année, nous engageons de nouvelles collaborations avec des artistes que vous rencontrerez au fil des prochaines saisons : Nasser Djemaï, David Gauchard, Grégoire Ingold, Andréa Novicov, Jacques Vincey, sont de ceux-là. Sans oublier Anne Monfort et Joanne Leighton, nouvelle directrice du CCNFC Belfort.
En quelques mois, le paysage culturel de la Franche-Comté a changé avec le renouvellement des directions de quasiment tous les établissements.
C’est l’occasion de saluer Yannick Marzin qui assume depuis janvier la direction de la Scène Nationale du Pays de Montbéliard. Et puisqu’il est dans l’air du temps de parler du rapprochement entre les deux établissements de Belfort et de Montbéliard, je tiens à affirmer pour ma part que c’est par la construction de (beaux) projets communs, au profit des artistes et des publics, que nous avancerons le mieux, le plus harmonieusement vers cette convergence. Dès 2011-2012, en voici une esquisse avec David Gauchard et sa compagnie l’Unijambiste. Je vous laisse découvrir cette nouvelle saison. Vous verrez qu’elle réaffirme la vocation “pluridisciplinaire” du Granit. La colonne vertébrale en est toujours le théâtre. Un théâtre qui nous parle de notre monde actuel et de sa transposition sur la scène, sans dogme, sans définition réductrice ou univoque. Théâtre de témoignage, retravaillé pour le plateau comme dans
Black Tie. Qui nous transporte du réalisme quotidien au fantastique comme dans
Habit(u)ation. Deux exemples parmi les œuvres présentées cette saison qui témoignent des multiples facettes d’un art où s’effacent les catégories artificielles, "théâtre de textes ou d’images", au profit de ce qui fait la beauté du théâtre : la construction d’univers singuliers dans lesquels le spectateur est invité à entrer pour une soirée.
Une nouveauté importante pour cette saison, le développement d’une programmation à destination du "jeune public", car il a sa place au Granit, et parce que le registre du théâtre jeune public est depuis plusieurs décennies un espace de créativité pour les metteurs en scène. Qu’ils se spécialisent dans ce domaine, ou non, comme c’est le cas de Joël Pommerat et de Jean Lambert-wild que nous accueillons cette saison.
La danse retrouve une place importante dans la programmation, elle investit les plateaux de la Maison du Peuple et du Granit. Ce sera notamment l’occasion d’accueillir deux chorégraphes venus du hip hop et qui ont été nommés récemment à la tête de deux Centres Chorégraphiques Nationaux,
Kader Attou à la Rochelle et Mourad Merzouki à Créteil. Mais aussi la première création à Belfort de Joanne Leighton depuis sa nomination à la direction du CCNFC.
Pour ce qui concerne la musique - au singulier pour tenter d’effacer l’hyper segmentation qui la divise en autant de cibles marketing - vous ne serez pas sans remarquer la place du jazz. Une touche personnelle, mais aussi la symbolique de cette musique qui marie ses origines populaires, ses apports savants, intègre les cultures du monde entier, se modifie sans cesse mais conserve intacte sa richesse, son inspiration initiale, sa quête de liberté.
Une première saison dans un théâtre, c’est toujours un moment fort, ponctué de foules d’interrogations. C’est aussi l’occasion pour vous,
de découvrir des artistes qui ne sont pas venus jusqu’alors au Granit. Nous ferons tout pour éveiller votre curiosité, avec notamment un site internet entièrement reconfiguré et un journal trimestriel qui donnera la parole aux artistes qui nous accompagnent.
Thierry Vautherot, directeur du Granit